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Äàòà èçìåíåíèÿ: Sun Apr 10 03:57:01 2016
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Les tumultes du port

Les historiens le savent : l'Espace est le fils de la guerre. La preuve en est avec les fusö©es V1 et V2, nö©es dans l'enfer concentrationnaire nazi, et ö  partir desquelles ont ö©tö© posö©s les fondements des techniques de cette industrie. Quand les Soviö©tiques, le 4 octobre 1957, lancent Spoutnik et ouvrent la course aux ö©toiles, c'est ö  bord d'un missile intercontinental capable d'expö©dier une bombe thermonuclö©aire vers le territoire des ö‰tats-Unis... L'ö©poque, alors, est anxiogö¨ne : les Amö©ricains ont installö© des bases militaires en Europe et la menace atomique exacerbe les tensions de la guerre froide.
On pouvait donc croire que l'histoire balbutiait quand, le 28 avril, le dö©partement d'ö‰tat amö©ricain, dans le contexte de la crise ukrainienne, interdisait toute exportation vers la Russie de technologies "contribuant au potentiel militaire" de Moscou. Un embargo qui concerne le secteur de l'industrie spatiale et, donc, les missions habitö©es vers la station spatiale internationale. "Que les ö‰tats-Unis envoient leurs astronautes sur l'ISS avec un trampoline", a rö©pliquö© non sans humour Dmitri Rogozine, vice-premier ministre du complexe militaro-industriel, moquant lö  l'incapacitö© amö©ricaine actuelle d'accö©der, par ses propres moyens, ö  ses quartiers en orbite.
Depuis 2011, les astronautes US sont tributaires des Russes et de leurs fusö©es Soyouz pour rejoindre la station. L'arröªt des navettes, jugö©es dangereuses et trop coö»teuses, est intervenu avant möªme que de nouveaux moyens de transport - privö©s ou fö©dö©raux - soient disponibles. L'interdö©pendance des industries spatiales russes et amö©ricaines, copropriö©taires avec les Europö©ens, les Japonais et les Canadiens de l'immense complexe orbital, est telle qu'il est bien difficile d'en dissocier les apports respectifs. Ainsi, le marchö© des lancements de satellites militaires US - dont le coö»t d'une seule unitö© peut friser l'ö©quivalent du budget spatial civil annuel de la France ! - est accordö© ö  une compagnie dont le premier ö©tage du lanceur, la fusö©e Atlas 5, est propulsö© par un moteur russe ! Lö , comme en Guyane pour les Europö©ens avec le lanceur Soyouz, la fiabilitö© et le prix ont marquö© des points essentiels dans le jeu de la concurrence. Y compris dans des domaines ö©minemment stratö©giques comme la Dö©fense nationale.
Mais en matiö¨re spatiale, oö¹ l'indö©pendance est un gage d'existence sur l'ö©chiquier international, il existe une "transcendance" tacite : vues d'en haut, les frontiö¨res s'estompent et, comme en mer, le grand large affaiblit le bruit des tumultes du port. Si l'Espace impose le silence, il oblige aussi ö  la solidaritö©. Sans doute ne serait-il pas inutile d'y envoyer quelques responsables politiques ? Le spectacle de la Terre vue d'en haut est un choc, paraö®t-il, dont on ne se remet jamais...